Deanna Gao

De Shanghai à Paris

1947

Deanna Gao, de son nom chinois Gao Chunfang 高醇芳, naît à Shanghai en décembre 1947. Son père, Gao Shiyu, est industriel du textile, sa mère, Marjorie Scott, est anglaise. Pendant la guerre, ils participent à Chongqing à la Ligue de défense de la Chine fondée par Soong Ching Ling, Madame Sun Yat-sen, qui restera toute sa vie une amie de la famille.

Son premier maître est son père, lettré et calligraphe. Enfant, ses dessins Le Petit Lapin blanc et La Réparation de la route sont retenus pour des expositions de dessins d'enfants à Pékin et à Tokyo.

Sous la Révolution culturelle, la peinture et la calligraphie traditionnelles sont interdites. Avec l'aide de son père et de son frère, elle trouve quatre maîtres et apprend en secret : Bao Yahui 鲍亚晖, disciple de Xu Beihong, pour le paysage et les personnages ; Fang Yuanxian pour les fleurs et les oiseaux ; Wang Fengxian pour la figure féminine ; Qin Huiting 秦惠亭 pour la calligraphie. Elle rend aussi visite en cachette au grand maître Wang Geyi, qui l'encourage. « Pour apprendre à peindre, disait Bao Yahui, il faut des yeux affamés et des mains appliquées. »

Par Bao Yahui, elle hérite de l'école de Wu 吴门派, la lignée de Shen Zhou et de Wen Zhengming. Cofondatrice dans les années 1930 de la Société chinoise des femmes peintres et calligraphes, Bao Yahui avait étudié auprès de Fan Shaoyun 樊少云, maître aussi de Wu Hufan 吴湖帆, lui-même élève de Lu Lianfu 陆廉夫, paysagiste de la fin des Qing nourri des « Quatre Wang ».

Avec Soong Ching Ling dans sa résidence.

1973

Quand j'ai quitté Shanghai, dans le rude hiver de décembre 1973, je n'avais pas un centime en poche, mais j'emportais tout le papier, les bâtons d'encre, les pierres à encre, les pinceaux et les couleurs de la peinture chinoise.

Deanna Gao, 2005
Deanna Gao, pinceau à la main.

1975

Après deux ans à Hong Kong, où elle expose pour la première fois, elle s'installe à Paris sur l'invitation du consul général de France et étudie à l'École nationale des beaux-arts. Elle y est la première à enseigner la peinture chinoise traditionnelle, et fonde en 1984 l'Association culturelle franco-chinoise. Sa première exposition parisienne a lieu en avril 1977 à la Maison internationale ; Soong Ching Ling lui écrit :

« Je vous félicite très chaleureusement du succès de votre exposition. Comme j'aimerais être là pour voir votre travail ! »

Elle fait encadrer le carton d'invitation, un paysage à l'encre, lui suggère d'éditer ses paysages en cartes de vœux, et découpe dans les magazines les rares reproductions de peintures anciennes pour les lui envoyer à copier. Chaque mois arrive à Paris la revue China Reconstructs, l'adresse écrite de sa main.

Lettre de Soong Ching Ling, 10 août 1977 : « Je vous félicite très chaleureusement du succès de votre exposition… »

1978

En mai 1978, elle expose à la Maison de l'Asie du Sud-Est de la Cité internationale universitaire de Paris. Le peintre Mai-Thu, qui a repéré son talent dès son arrivée et l'a encouragée en lançant sa première exposition parisienne en 1977, visite l'exposition et laisse dans le livre d'or :

« Admiration pour ce grand talent, un dessin superbe. »

Sa dédicace dans le livre d'or, signée Mai-Thu.
Avec Mai-Thu, devant ses peintures.
Mai-Thu dans l'exposition, à côté de la calligraphie de Jao Tsung-I.

1980

De retour en Chine, elle découvre les collections du musée du Palais à Pékin, visite organisée par Soong Ching Ling et commentée par Xu Bangda. À Shanghai, elle rend visite à Zhu Qizhan et Xie Zhiliu, et peint à quatre mains avec Cheng Shifa : sur l'une de ces feuilles, il note en riant que les abeilles sont venues tout droit de Paris.

Le 8 mars, au Grand Palais du Peuple à Pékin, pour la Journée des femmes, Soong Ching Ling porte une rose de soie qu'elle lui offre ensuite, en lui disant qu'elle est belle comme une fleur. Elle meurt l'année suivante ; sa dernière carte de vœux souhaite à la famille Gao une heureuse année 1981 « et toutes les années à venir ».

Pékin, 8 mars 1980.

1982

Invitée d'Apostrophes, enregistré à bord du Mermoz, elle présente la calligraphie chinoise. Bernard Pivot dit qu'elle « nous a apporté toute la finesse et la beauté de la Chine ».

La même année, la princesse Grace de Monaco, éprise d'art chinois depuis une visite au musée national du Palais à Taipei, souhaite s'y initier. Sur la recommandation du musée Guimet, Deanna Gao lui enseigne la calligraphie, la langue et la culture chinoises, quelques mois avant sa disparition en septembre 1982.

Avec la princesse Grace de Monaco, chez elle, le 1er juillet 1982. Aux murs, ses scènes du Pavillon de l'Ouest et une marine.
Sur le plateau d'Apostrophes, à bord du Mermoz.

1986
1988

Ses portraits de chats la font entrer dans les anthologies. Le Livre des chats (Solar, 1986) la range parmi les grands peintres de chats des XIXe et XXe siècles, aux côtés de Bonnard, Foujita, Rousseau, Dalí et Chagall : un de ses chatons y figure sur la même page qu'un Picasso. Deux ans plus tard, Le Chat vu par les peintres (Vilo, Edita Lausanne, 1988) la présente avec Xu Beihong et Zao Wou-Ki.

Les éditions Hazan reproduisent ses chats en cartes postales, posters et calendriers « Chine et Chat ».

Chaton aux aguets, 1983, reproduit dans Le Chat vu par les peintres.

2000

En février 2000, le maire de Paris lui remet la Grande Médaille de vermeil de la Ville de Paris. Elle est nommée chevalier dans l'ordre des Palmes académiques en 2001, décoration qui lui est remise à la Sorbonne, sur proposition du Premier ministre et du ministre de l'Éducation, puis chevalier des Arts et des Lettres. En 2004, dans le cadre des années croisées France-Chine, elle fonde le Festival du cinéma chinois de Paris, qu'elle préside toujours : sa 16e édition s'est tenue en 2025.

À la Sorbonne, remise des insignes de chevalier dans l'ordre des Palmes académiques.

2005

La résidence de Soong Ching Ling à Shanghai lui consacre l'exposition Passion for China, qui réunit ses peintures, celles de ses élèves parisiens et les souvenirs de leur amitié. La même année paraissent ses mémoires familiaux, La Rose dans le vent 风中玫瑰. En 2011, Rong Bao Zhai, la maison d'édition la plus prestigieuse de Pékin, qui ne publie que les grands maîtres de la peinture chinoise, fait paraître L'Art de Deanna Gao 高醇芳艺术, sous un titre calligraphié par Fan Zeng. Le livre est consultable au musée Cernuschi et à la Bibliothèque nationale de France.

Inauguration de Passion for China à la résidence de Soong Ching Ling, Shanghai, 2005.

2013
2015

Le 20 décembre, seule lauréate européenne, elle reçoit à Pékin le prix « Lumière de Chine » de la télévision chinoise CCTV, qui distingue chaque année dix personnalités ayant fait connaître la culture chinoise dans le monde. Elle est récompensée aux côtés du vénérable maître Hsing Yun et de Jackie Chan.

Du 21 mai au 14 juin 2015, l'ancienne résidence de Soong Ching Ling à Pékin présente ses peintures, celles de ses élèves et sa correspondance avec « tante Soong », sous le titre de sa lettre de 1978 : « Vous êtes une véritable artiste ».

Prix « Lumière de Chine », Pékin, 2013, avec le vénérable maître Hsing Yun et Jackie Chan.
Avec S. E. Maurice Gourdault-Montagne, ambassadeur de France en Chine, à l'ancienne résidence de Soong Ching Ling, Pékin, mai 2015.

Les maîtres

Calligraphies offertes à Deanna Gao par de grands maîtres de la peinture et des lettres chinoises, entre 1976 et 1987.

La première, et la plus précieuse, est de Jao Tsung-I (饒宗頤, 1917–2018), le plus grand maître de la calligraphie de Hong Kong et l'un des plus éminents sinologues de son siècle : prix Stanislas-Julien de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, docteur honoris causa de l'École pratique des hautes études, il a été le maître de générations de sinologues français. En 1976, il calligraphie pour elle 高醇芳畫展, « Exposition de peintures de Deanna Gao », signé de son nom d'artiste 選堂, Xuantang. Elle accompagne ses expositions et orne la couverture de son catalogue de 1987.

Plus tard, Fan Zeng, voyant dans sa peinture un art qui forme à lui seul une école (自成一派), lui dédie le titre 高醇芳艺术, « L'Art de Deanna Gao ».

Rencontres